Critiques et CV / Denys-Louis Colaux

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Exceptionnelle Hélène Lagnieu

Liqueur forte, essence et boucherie métaphysique

 

Ce qu’elle nous inspire :

L’oeuvre, et plus spécifiquement l’oeuvre peint, paraît inspiré par l’affolant produit de l’invraisemblable rencontre de Hiéronymus Bosch avec Salvador Dali. Avec, pour compliquer la filiation, une sorte d’aura de l’art sacré tel que le pratiquaient Hubertus et Jan Van Eyck, par exemple. Et, ce travail de décortication, de démembrement et d’introspection semble réellement s’épaissir d’une étonnante, d’une déconcertante dimension sacrée. Mais un sacré dégagé de l’idée de religion, propulsé dans la quête du mythe, à la fois à la source mais aussi à l’intérieur des choses et dans le ventre ouvert des corps. Où se trouve l’âme ? semble se demander celle qui situe sa naissance sur l’étal d’une boucherie, entre couteaux et viscères. Elle mène donc une quête mixte avec pour graal un principe, une essence, quelque chose de transcendant et pour moyens, outre le métier et les façons du charcutier, un talent subtil, un art raffiné de la couleur, un génie du trait, une audace qui s’accommode des paradoxes, une inventivité étrange et une bagage culturel important. Ici, dans l’épatant univers d’Hélène Lagnieu, parmi de somptueux vestiges du Moyen Âge, pas très loin des potences de Villon, des tables de dissection d’André Vésale et des chevalets des frères Van Eyck, on sent, dans des brumes fantastiques et anachroniques, rôder les innommables créatures de Howard Philip Lovecraft, battre des ailes les fantômes et le terrible Corbeau d’Edgar Allan Poe, on entend voleter dans un ballet très contemporain des anges et des mouches, ramper les plus effarants bestiaires mythologiques, on entend hurler et rire Vian, on voit se côtoyer dans le plus effarant rapprochement le sang, les chairs déchirées, les viscères, la beauté et la grâce, et on voit se lever un des univers poétiques les plus époustouflants qu’il m’ait été donné d’admirer. Ici, l’obscène a droit à la scène, l’ignoble touche le noble, le violent effleure le délicat, le passé vit dans et avec le présent, le mécanique et le métaphysique, le médité et l’insensé jouent de concert et tout cela opère ensemble et bâtit une œuvre colossale. Peut-être la plus saisissante synthèse poétique de la destinée humaine. Dans cette œuvre exubérante, exorbitante, abracadabrante, j’avais quelquefois l’hallucinante, l’extraordinaire impression d’entrevoir les mains d’une âme se palpant elle-même. Hâtez-vous de découvrir cette artiste, ce sommet hors catégorie.
Denys-Louis Colaux /decembre 2013

 

http://denyslouiscolaux2.skynetblogs.be/archive/2013/12/28/helene-lagnieu-8026232.html

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