Critiques et CV / Emmanuelle GRAND 2012

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Les peintures d’Hélène Lagnieu

 

C’est une surprise, un voyage envoûtant dans les dimensions multiples du temps et de l’évolution.

La femme est au cœur de la toile ; icône déchue, génitrice et régénératrice. Ses organes sont à fleur de peau, pulpeuses méduses, chapelets charnus, mutations amorcées, grosseurs inquiétantes, enfantements multiples… 
Elle est là : solide, lucide… seule mais immense.

Elle incarne la permanence, l’élégance blessée, les silences béants, la chair vulnérable. L‘inconscient rôde.

Son regard transparent n’est pas vide, il voit plus loin, au delà de notre densité terrienne.Sa peau diaphane contient les mystères.

 

Elle est la gardienne d’un bestiaire polymorphe venu de ses entrailles ou d’une autre puissance créatrice…. On devine des museaux étranges, des carapaces molles. des becs tendus vers le mystère biologique.

Des hasards merveilleux fabriquent d’autres hypothèses, des embryons virevoltent en attendant d’éclore. Des estuaires placentaires irradient de rouge les corps fragiles des créatures menues.

Ce petit peuple tyrannique et doux, enveloppe la femme, connaît sa bienveillance, grignote son espace, espère sa protection, distrait son immobilité.

Des bifurcations inattendues transforment les espèces en divines monstruosités.

Les autres possibles de la création sont entrevus.

On entre dans une extraordinaire créativité.

La toile étale une genèse complexe.

C’est le laboratoire de nos rêves, la vie des non dits et des non sus.

Il n’y a plus d’époque, juste un lien entre l’ancien et l’avenir, entre l’embryonnaire et l’abouti.

Le cadrage serré abolit le lointain, anéantit le contexte.

La matière râpeuse se prend pour de la dentelle.

La toile ressemble à une fresque pariétale, antique, immuable.

 

Un peu plus loin, sous des cloches de verre, de minuscules crânes disséqués osent une poésie délicate, avec leurs ailes de papier de soie et leurs laitances vaporeuses. Des œufs aériens dorment en nombre.

On dirait les objets d’un culte oublié, des chimères sacrées.

Leur légèreté pétrifiée connecte à tous les âges

.

 

On est en présence d’une splendeur troublante, d’une profusion vibrante.

Le spectateur a le choix, l’effroi et la fuite, ou le consentement ébahi à ce monde généreux, fantasmatique, plus vaste que le nôtre.

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