Critiques et CV / Jean Paul Gavard Perret (III)

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L’ETRE ET SON NEANT/ 2011

 

Entrer en immersion.

Tout  tremble, chuinte d’inassouvi.

Résurgence d’une réalité sinon sauvage du moins première.

Fantôme que fantôme ?

Nous peut-être… Sans doute même.

Le monstre gonfle par vibration étrange.

Erection et ouverture.

Des masses hybrides activent l’imaginaire.

Ce qui était enseveli, immergé prend une nouvelle dimension.

Devient une zone de potentialité.

Figuration et non figuration :

Tout concourt à excepter l’évidence directe

Pour d’autres visions plus denses et  expressives

au sein d’une « corporéité » particulière, alchimique.

L’œuvre  est de l’ordre de la célébration

Mais dans une situation contradictoire.

Il n’y pas le monde et  son absence

Mais le monde et son envers.

 

Rien ici n’est cousu de fil blanc.

Hélène Lagnieu sait que les enfants ne naissent pas dans les choux

Mais par un enfantement chaotique.

Ce sont les roses de personne,

Des fleurs étranges de l’avalanche tranquille.

Par ses créatures elle  apprend qu’il y a mieux et plus que l’apparence.

Il n’est pas interdit de considérer le monstre comme le plus clair de la pensée

Et non comme une métaphore introduite à la sauvette.

L’artiste donne aux 21 grammes d’âme

(son poids officiel selon un cinéaste mexicain)

A d’étranges ossatures
En de spectaculaires mises en scène.

Elles permettent de savourer l’absence d’identité

(qui a toujours le goût du remords).

Il faut  donc accepter tant que faire se peut la tranquillité de telles « statues » et peintures.

Sans doute font-elles reculer les mystères qu’elles prétendent éclairer.

Mais on a besoin de ces attentats plastiques :

ils provoquent notre propre chute et aussi nos relevailles.

Soudain on se demande comment on en est arrivé là,

Qui et même si on est
Et qui sont aussi les coupables de cette erreur ?

 

Les compositions sont à la fois fermées et ouvertes

Chaque figure s’inclut dans sa forme sans véritablement la rencontrer.

Existe l’approche d’un contact sensoriel mais aussi une séparation.

Cela permet l’épanouissement d’un phénomène de pollinisation quasi charnelle.

Le corps n’est plus vécu comme structure unitaire et fermée.

Il s’ouvre à l’univers métaphysique par le monstre qui surgit :

Il devient une forme de « divinité » païenne, âme-inale.

L’artiste crée un contact avec elle par la matière sensible

Et sur le mode de la fascination.

 

Hélène Lagnieu en fait  surgir des substances insaisissables.

Elle les révèle par la sensualité même du geste :

Elle ne cherche pas le fantastique mais le vertige de la pure émergence.

Peinture et sculpture  sont des effluves physiques, 
des chairs spirituelles

Des matières de notre émotion et de sa pulsation la plus sourde.

Surgissent un champ de forces, un théâtre magnétique.

Ce dernier nous traverse sans que nous le sachions vraiment.

Tant l’œuvre dit l’innommable

Du le centre jamais atteint puisque invraisemblable de l’être.

 

Nous n’atteignons que ses limbes,

Ses amoncellement de nulle part que le monde évite de connaître.

Nous devenons en conséquence comme les « personnages » créés par l’artiste.

Certains peuvent se demander si ce n’est le moyen de se libérer de l’affliction

et de l’inflexion de la fécondité.

 

Se révèle à notre conscience sa propre incertitude.

Le reste – si reste il y a – possède l’épaisseur d’une hallucination,

d’une locution proverbiale.

Il n’existe plus d’identité sinon très, trop relative.

Il faut faire avec. Et vivre sans vérité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret .

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